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CH II : LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE

II - DE L'EMPIRE A LA GRANDE GUERRE

Un demi siècle après la révolution, Châteauneuf est devenu un village français à part entière et un village prospère. On y compte 8 propriétaires rentiers, 253 propriétaires cultivateurs (60%), 5 fermiers propriétaires, 128 journaliers (31%) et 22 domestiques. Comme on peut le constater, les propriétaires sont deux fois plus nombreux que les ouvriers agricoles. Malheureusement la prospérité du village va être mise à mal par le phylloxéra.

En 1866, la maladie fait sa première apparition dans la commune. En trois ans, le vignoble perd le tiers de sa superficie et un autre tiers les années suivantes. En 1880, il ne reste plus que 200 hectares de vignes. Le phylloxéra est une véritable catastrophe économique pour Châteauneuf : en dix ans, de 1866 à 1876, le village perd 20% de sa population. La crise est d'autant plus forte que Châteauneuf est devenu, au cours de la première moitié du XIXè siècle, une commune essentiellement agricole, plus encore qu'autrefois : plus de tuileries, de fours à chaux, de bûcherons, de salpêtriers… Moins de moutons et donc de bergers, de tisserands, de cardeurs. En 1851, il y a seulement treize artisans et en 1871 la population agricole représente 91% des habitants.

La reconstitution du vignoble commence timidement à partir de 1878 et il faudra prés de vingt ans pour qu'il retrouve l'importance qu'il avait avant la maladie.

De nombreux viticulteurs doivent transformer leurs cultures, mais les céréales (68% des terres), les fourrages, les oliviers et les arbres fruitiers sont de moindre rapport que la vigne : en 1880, les revenus d'un hectare de vigne sont de 600F contre seulement 261F pour le blé et 324F pour l'olivier. Certaines terres, faute d'irrigation, sont abandonnées. Heureusement la mise en eau, en 1887, du canal de Pierrelatte permet de mettre en irrigation d'autres terres pour les consacrer à des cultures de meilleur rapport comme le blé. Mais pour la plupart des habitants, c'est la misère. De nombreux petits propriétaires doivent se louer comme journalier à Châteauneuf et aussi dans les communes voisines. Certains vont même en hiver jusqu'à Althen les Paluds pour arracher la garance.

Les oliviers et les arbres fruitiers sont devenus les ressources principales du villages qui compte deux moulins à huile. En 1881, le conseil municipal décide " la création d'un marché aux fruits tous les jours du 1er mai au 1er octobre de 2 heures à 7 heures du soir ".

L'élevage des vers à soie représente aussi une activité économique importante. Presque toutes les familles du village élèvent des vers à soie pour assurer un complément de revenus. Les cocons sont traités dans deux moulineries dont l'une occupe, toute l'année, de 40 à 88 personnes, essentiellement des femmes.

Les fruits et la soie ne suffisent pourtant pas à redonner au village sa prospérité d'autrefois. La population continue de baisser pour atteindre 1095 habitants en 1891 : 26 % de moins qu'avant le phylloxéra.

A partir de cette période, le vignoble commence à se développer rapidement pour atteindre et même dépasser, à la fin du siècle, la superficie d'avant la crise. Tout en restant difficile, la situation économique de Châteauneuf s'améliore peu à peu.

En 1097, le conseil municipal obtient l'installation à la poste d'un service téléphonique relié à Sorgues car les transactions de fruits se font essentiellement avec Sorgues, Avignon et Châteaurenard.

L'électricité arrive à Châteauneuf en 1908 pour l'éclairage public et l'énergie de la pompe à eau. Deux ans après, elle est installée à la mairie, mais elle mettra de longues années à se généraliser dans les habitations.

Depuis 1899, grâce à la construction d'une station de pompage, les habitants disposent de plusieurs pompes réparties dans le village et fournissant de l'eau à volonté pendant toutes l'année.

L'apport des progrès techniques et le développement du vignoble améliorent peu à peu la situation économique du village et la vie quotidienne de ses habitants. Malheureusement, la guerre de 1914 va stopper cet essor.

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Extrait de "Mémoire d'un village", Jean-Claude Portès. Editions Barthélémy

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