Votre publicité ici Contactez nous


plan de l'historique / page précédente / page suivante

CH II : LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE

La révolution française, comme l'a montré la célébration de son bicentenaire, suscite encore des débats passionnés parmi les historiens et une partie de l'opinion publique. Sans entrer dans les débats, nous pouvons dire que les changements profonds de la société française étaient inévitables. Les philosophes des lumières les avaient préparés et même annoncés bien avant 1789, Rousseau notamment : " Vous vous fiez à l'ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet… Nous nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions " (Emile 1762). Mais à Châteauneuf, en cette fin du XVIIIe siècle, rien ne laisse présager que nous sommes à la veille d'une révolution.

I - LE VILLAGE EN 1789

En 1789, le village compte 1240 habitants et 263 chefs de famille, soit une moyenne de 4.7 personnes par famille. Le nombre d'enfants par famille est un peu élevé : une famille sur cinq compte plus de cinq personnes. Le chef de famille est celui qui peut participer aux élections et aux décisions de la communauté. Il y en a un seul par habitation, quel que soit le nombre d'adultes qui y vivent. Le recensement de 1798 nous donne une idée de la composition sociale de la population.

1) Les agriculteurs

80% de la population active se déclare " cultivateurs ", terme qui ne permet pas de faire la différence entre ceux qui peuvent vivre de leurs terres et ceux qui doivent travailler celles des autres en métayages ou comme " journalier " (ouvrier agricole). Sur 326 cultivateurs de plus de 18 ans, quatre seulement se déclarent propriétaires.

2) Les artisans

Le village compte de nombreux artisans : 17 cardeurs en laine, 9 tisserands, 7 maréchaux ferrants, 6 maçons, 6 cordonniers, 2 menuisiers, 1 boucher, 1 fournier, 1 meunier, 2 aubergistes, 5 revendeurs (épiciers), 4 négociants, 1 sage femme, 2 salpêtriers, 1 faiseurs de bas, 2 tonneliers, 2 bourreliers, 1 traceur de pierre, 2 voituriers sur le Rhône… Cela représente plus de 70 personnes et 20% de la population active, ce qui montre l'importance et la nécessité de l'artisanat. Faute de moyens de déplacements fréquents et rapides, les habitants doivent trouver sur place tout ce qui est nécessaire à leur vie quotidienne. On peut noter le nombre important de cardeurs en laine et de tisserands. Il est vrai qu'a cette époque, Châteauneuf compte de nombreux troupeaux de mouton.

3) Les bourgeois

Si ce terme désigne les personnes qui ne travaillent pas de leurs mains et possèdent des biens, on constate qu'à Châteauneuf les bourgeois sont peu nombreux. Aux 4 cultivateurs se déclarant propriétaires, s'ajoutent 2 notaires, 2 chirurgiens, 1 apothicaire, 1 homme de loi et un habitant qualifié de bourgeois.

4) Les nobles

Une douzaine de noble possèdent des terres à Châteauneuf mais seuls deux d'entre eux y possèdent un fief noble :le marquis Tulle de Villefranche, seigneur de la Nerthe et de Trémollet, seigneur de Vaudieu. Les autres nobles, le comte Fortia d'Urban, Teste de Saint Didier, de Nalys, d'Oiselay, d'Astier de Brunelys, Cappeau de Marguerine, d'Alphonse (ancien capitaine de l'archevêque). De Guérardin (lieutenant de l'archevêque) et de Power sont de simples propriétaires qui ne jouissent d'aucun droit ou privilège seigneuriaux. Seuls Tulle de Villefranche, de Guérardin et de Power résident à Châteauneuf . De Power est un noble irlandais, négociant en vins, qui s'est installé à Châteauneuf vers 1740. Il possède le Domaine Saint Patrice (patron des Irlandais), sans doute la plus belle demeure du village.

5) Le clergé

L'archevêque est le seul véritable seigneur de Châteauneuf mais il n'habite pas le village. Il en est de même des prieurs de l'église paroissiale , les chanoines de l'église métropolitaine de Notre Dame des Doms. En 1789, Châteauneuf compte cinq ecclésiastiques, ce qui montre l'importance de la religion dans la vie des habitants. L'église paroissiale est desservie par deux prêtres : Jean François Clément, curé de la paroisse depuis 44 ans (il décédera en janvier 1791) et Claude Joseph Taberlet, secondaire.

Pierre et Barthélémy Perche ont en charge une partie des nombreuses confréries et chapellenies que compte le village, en particulier les chapelles Saint Michel et Saint Claude. Il ne semble pas qu'ils puissent vivre seulement des revenus de leur sacerdoce. Joseph Talieu, frère du premier consul, est un prêtre assez âgé qui s'est retiré à Châteauneuf depuis environ 14 ans. Il n'exerce son ministère que de façon occasionnelle.

plan de l'historique / page précédente / page suivante


Extrait de "Mémoire d'un village", Jean-Claude Portès. Editions Barthélémy

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Consommez avec modération
Copyright 2000 [© SCAS ] All rigths reserved - Réalisation LOGASSIST