En 1789, le village compte 1240 habitants
et 263 chefs de famille, soit une moyenne de 4.7 personnes par famille.
Le nombre d'enfants par famille est un peu élevé : une
famille sur cinq compte plus de cinq personnes. Le chef de famille est
celui qui peut participer aux élections et aux décisions
de la communauté. Il y en a un seul par habitation, quel que
soit le nombre d'adultes qui y vivent. Le recensement de 1798 nous donne
une idée de la composition sociale de la population.
1) Les agriculteurs
80% de la population active se déclare
" cultivateurs ", terme qui ne permet pas de faire la différence
entre ceux qui peuvent vivre de leurs terres et ceux qui doivent travailler
celles des autres en métayages ou comme " journalier "
(ouvrier agricole). Sur 326 cultivateurs de plus de 18 ans, quatre seulement
se déclarent propriétaires.
2) Les artisans
Le village compte de nombreux artisans
: 17 cardeurs en laine, 9 tisserands, 7 maréchaux ferrants, 6
maçons, 6 cordonniers, 2 menuisiers, 1 boucher, 1 fournier, 1
meunier, 2 aubergistes, 5 revendeurs (épiciers), 4 négociants,
1 sage femme, 2 salpêtriers, 1 faiseurs de bas, 2 tonneliers,
2 bourreliers, 1 traceur de pierre, 2 voituriers sur le Rhône
Cela représente plus de 70 personnes et 20% de la population
active, ce qui montre l'importance et la nécessité de
l'artisanat. Faute de moyens de déplacements fréquents
et rapides, les habitants doivent trouver sur place tout ce qui est
nécessaire à leur vie quotidienne. On peut noter le nombre
important de cardeurs en laine et de tisserands. Il est vrai qu'a cette
époque, Châteauneuf compte de nombreux troupeaux de mouton.
3) Les bourgeois
Si ce terme désigne les personnes
qui ne travaillent pas de leurs mains et possèdent des biens,
on constate qu'à Châteauneuf les bourgeois sont peu nombreux.
Aux 4 cultivateurs se déclarant propriétaires, s'ajoutent
2 notaires, 2 chirurgiens, 1 apothicaire, 1 homme de loi et un habitant
qualifié de bourgeois.
4) Les nobles
Une douzaine de noble possèdent
des terres à Châteauneuf mais seuls deux d'entre eux y
possèdent un fief noble :le marquis Tulle de Villefranche, seigneur
de la Nerthe et de Trémollet, seigneur de Vaudieu. Les autres
nobles, le comte Fortia d'Urban, Teste de Saint Didier, de Nalys, d'Oiselay,
d'Astier de Brunelys, Cappeau de Marguerine, d'Alphonse (ancien capitaine
de l'archevêque). De Guérardin (lieutenant de l'archevêque)
et de Power sont de simples propriétaires qui ne jouissent d'aucun
droit ou privilège seigneuriaux. Seuls Tulle de Villefranche,
de Guérardin et de Power résident à Châteauneuf
. De Power est un noble irlandais, négociant en vins, qui s'est
installé à Châteauneuf vers 1740. Il possède
le Domaine Saint Patrice (patron des Irlandais), sans doute la plus
belle demeure du village.
5) Le clergé
L'archevêque est le seul véritable
seigneur de Châteauneuf mais il n'habite pas le village. Il en
est de même des prieurs de l'église paroissiale , les chanoines
de l'église métropolitaine de Notre Dame des Doms. En
1789, Châteauneuf compte cinq ecclésiastiques, ce qui montre
l'importance de la religion dans la vie des habitants. L'église
paroissiale est desservie par deux prêtres : Jean François
Clément, curé de la paroisse depuis 44 ans (il décédera
en janvier 1791) et Claude Joseph Taberlet, secondaire.
Pierre et Barthélémy Perche
ont en charge une partie des nombreuses confréries et chapellenies
que compte le village, en particulier les chapelles Saint Michel et
Saint Claude. Il ne semble pas qu'ils puissent vivre seulement des revenus
de leur sacerdoce. Joseph Talieu, frère du premier consul, est
un prêtre assez âgé qui s'est retiré à
Châteauneuf depuis environ 14 ans. Il n'exerce son ministère
que de façon occasionnelle.