1) le passage des troupes
Tout au long de ce siècle Châteauneuf
continue de subir les conséquences des affrontements religieux
dont la plus désastreuse est le passage des troupes françaises.
L'édit de Nantes (avril 1598) n'a pas mis fin aux troubles religieux.
Un gouverneur militaire italien est maintenu à Châteauneuf
pour organiser la défense en cas d'attaque des huguenots.
Mais plus que les brigands ou les huguenots, le village redoute le passage
des nombreuses troupes françaises, venues combattre les réformés.
Les habitants connaissent, pour les avoir subis maintes fois, les dégâts
occasionnés par les passages de soldats. Comme dans tous les
autres villages, ils vont tout faire pour éviter que les troupes
traversent leur territoire ou s'y arrêtent. Malheureusement, ils
n'y parviendront pas car Châteauneuf occupe une position stratégique
sur la grande route de Marseille à Lyon et proche d'Orange où
les huguenots sont très nombreux.
Le passage de ces soldats est un véritable fléau pour
le village. Lorsqu'ils le peuvent, le vice-légat ou l'archevêque
préviennent les consuls à l'avance afin qu'ils aient le
temps de mettre en sûreté bestiaux et fruits. La communauté
est parfois obligée de lever une garde bourgeoise pour veiller
à ce que les soldats de France ne volent pas les bestiaux et
les fruits qui sont dans la campagne. Mais il leur est impossible d'empêcher
tous les vols.
2) Les réunions du Comtat à
la France
Le roi Louis XVI annexe le Comtat une
première fois en juillet 1663. Son ambassadeur ayant été
insulté et frappé par la garde corse du pape, il donne
l'ordre à ses troupes d'occuper Avignon et le Comtat, comme faisant
partie de l'ancien domaine des comtes de Provence. Le pape, Innocent
XI, présente des excuses au roi. Le traité de Pise, le
12 février 1664, restitue au pape ses possessions comtadines.
En 1688, Louis XIV fait occuper une nouvelle fois le Comtat par ses
troupes, pendant un an.
Ainsi, au cours du XVIIè siècle,
les habitants de Châteauneuf sont devenus par deux fois les sujets
du roi de France, mais la lecture du registre des délibérations
montre que ces changements de souveraineté les laissent parfaitement
indifférents. Aucune protestation ni débordement de joie
n'accompagnent ces changements de souverain. Le conseil se contente
d'enregistrer l'avis de l'occupation du Comtat et d'allumer des feux
de joie par ordre supérieur en 1664.
La seule chose qui préoccupe le
village, c'est de pouvoir éviter le passage et surtout l'entretien
et le logement des troupes françaises. Malheureusement, Châteauneuf
fait partie des villes qui doivent recevoir en garnison les troupes
du nouveau gouverneur de Provence.
A la fin du XVIIe siècle, le village
est très appauvri par les troubles incessants qui ravagent le
Comtat depuis plus de deux siècles.
Durant l'hiver 1669-1670, exceptionnellement
rigoureux, une grande partie du vignoble et la plupart des oliviers
ont péri à cause du gel. Les conséquences de cet
hiver catastrophique se feront sentir pendant de nombreuses années.
En 1681, le moulin à huile du village, privé d'olives
pendant 10 ans est ruiné.
A la fin du XVIIe siècle, Châteauneuf
connaît la période la plus difficile de son histoire. Sa
prospérité n'a cessé de décliner depuis
la grande peste de 1348 : la population ne compte plus que 141 familles
et 581 habitants dont 281 pauvres.