1) La prospérité : 1300
à 1344
Au début du XIVè siècle,
Châteauneuf est un gros village protégé par des
remparts qui lui ont permis de résister aux troupes avignonnaises
lors des troubles du siècle précédent.
Comme la plupart des communautés de la région, c'est un
village agricole où la culture de la vigne est déjà
très importante. Mais le village possède comme autres
ressources la chaux, les tuiles et le sel.
A cette époque, le Rhône est la principale voie de communication.
Des marchandises de toutes sortes sont transportées jusqu'à
Lyon. De plus, depuis 1238, Châteauneuf jouit d'un port franc
pour le commerce du sel.
Châteauneuf est donc en ce début de siècle un village
prospère et sûr pour attirer dans ses murs les deux premiers
Papes avignonnais.
L'installation de la cour pontificale
à Avignon entraîne un essor économique considérable
dans tout le Comtat. Les constructions de palais, de couvents, de monastères
et de nouveaux quartiers se multiplient. Et Châteauneuf qui produit
de la chaux et des tuiles profite grandement de ce nouvel essor économique.
La construction du château, commencée en 1317 est également
bénéfique pour l'économie du village. Ce grand
chantier procure du travail aux habitants et amène de très
nombreux ouvriers et artisans qu'il faut loger et nourrir . Le village
fournit les pierres de ses carrières ainsi que le travail de
ses artisans.
Ce sont certainement des marchands de Châteauneuf qui font venir
par le Rhône les autres matériaux nécessaires tels
que bois, carrelages
Ces mêmes marchands fournissent également
les divers chantiers lancés par les différents Papes et
cardinaux.
Grâce à ces activités
de commerce et d'artisanat, le village connaît une prospérité
économique sans précédent.
En 1335, le délégué du Pape Benoît XII accorde
aux habitants l'établissement d'un moulin sur le Rhône,
un marché tous les mardi et à perpétuité
deux foires dans l'année de trois jours chacune. Tous les allants
et venants sont exemptés de tout péage, droit de leydes,
rêves
L'obtention de ces privilèges montre que Châteauneuf connaît
une activité commerciale intense et bénéficie de
puissants protecteurs. Le village est à cette époque à
l'apogée de son développement.
a) Le village
En se limitant aux seules habitations
recensées, et en prenant un nombre de quatre personnes par famille,
on peut affirmer que le village compte plus de 2 000 habitants en 1344,
c'est-à-dire une population au moins égale à celle
d'aujourd'hui. Pour l'époque, c'est un village très important.
Par comparaison, le domaine royal compte alors 20 millions d'habitants,
avec une moyenne de 450 par paroisse.
b) L'agriculture
Les terres cultivées sont disséminées
sur tout le territoire de la communauté dont les limites correspondent
à celles d'aujourd'hui.
La surface cultivée est d'environ 600 hectares. La vigne y est
déjà très développée : elle occupe
285 hectares c'est-à-dire près de la moitié des
terres exploitées. C'est considérable, car à l'époque
les cultures de subsistance, absolument indispensables, doivent être
produites sur place. On compte environ 2 000 parcelles de vignes pour
une moyenne de 1 400 m2 par parcelle. Il est à noter que près
de 35 % de ces vignes sont en pâture : la viticulture a encore
beaucoup de progrès à accomplir.
Les céréales occupent environ 320 hectares, ce qui doit
permettre d'assurer l'approvisionnement du village.
A côté des vignes et des
céréales, on trouve une culture assez inattendue : les
roses (roseria). Elles sont cultivées sur plus de 4 hectares,
certainement pour être vendues à Avignon et dans les autres
villes. Le développement de cette culture est probablement dû
au Pape Clément VI qui adore les roses au point d'en avoir une
sur son blason. Une grande partie des roses de Châteauneuf doit
servir à décorer le palais de Clément VI et à
accompagner les grandes cérémonies pour lesquelles on
jonche le sol de pétales de roses avant le passage du Pape ou
d'une procession.
La place accordée par le censier
aux autres cultures est minime : 20 oliveraies, 27 jardins, 20 prés
et moins d'un hectare de culture fourragère. Mais ces données
sont vraisemblablement éloignées de la réalité.
Des centaines d'oliviers parsèment le territoire de la commune,
en bordure et souvent même à l'intérieur des vignes
et des champs. Si l'huile sert parfois pour l'éclairage, elle
est indispensable à l'alimentation. Les olives sont consommées
en grande quantité et une partie de la récolte peut être
vendue pour assurer des revenus. Il en est de même pour les arbres
fruitiers. En réalité, la plupart des cultures sont mixtes
: vignes et céréales, céréales et roses,
céréales et jardins, vignes et oliviers
Les troupeaux de moutons, mais aussi de chèvres et de cochons
sont probablement très nombreux. Sans oublier les chevaux et
les ânes qui sont indispensables aux travaux agricoles.
La vigne occupe une place considérable.
Le tiers des déclarants possèdent une à cinq parcelles
de terre, un autre tiers de dix à vingt parcelles, alors que
15% en possèdent plus de trente.
La tenure moyenne est de 11 à 12 parcelles. Les propriétés
sont très morcelées. Les parcelles sont situées
sur tout le territoire de la communauté. Ainsi, le plus grand
tenancier, Michel Vitalis, déclare 74 parcelles, disséminées
sur plus de 40 lieux-dits.
c) Artisanat
et commerce
Le recensement effectué en 1344
indique l'existence de 11 tuileries, d'où l'importance considérable
de cette activité dans l'essor économique du village.
Les artisans fabriquent également des briques et des carrelages.
On trouve aussi deux carrières de pierres, sans oublier les fours
à chaux que la communauté a le privilège de faire
chaque année dans les garrigues du seigneur.
Cela prouve que Châteauneuf n'a pas une vocation essentiellement
agricole mais possède un artisanat très florissant, dynamisé
par la construction du château et des remparts.
d) Les familles
Le censier nous permet de découvrir
les familles du XIVè siècle dont certaines existent encore
dans notre village ou dans les villages voisins.
Une trentaine de noms représentent les trois quart des chefs
de famille : Armani, Aubert, Barbarini, Baudric, Bédarrides,
Bérenger, Bertranesqui, Bollègue, Biegare, Biscarelle,
Brossan, Bruni, Burond, Christophore, Durant, Escoffier, Fournier, Girard,
Grossi, Guisi, Julian, Martulphe, Mederi, Mestre, Martini, Michaelis,
Posterle, Raynard, Sannier, Scernani, Sérignan, Vitalis.
e) Les lieux-dits
Sur 131 lieux-dits, certains ont conservés
leur nom jusqu'à aujourd'hui : Les Argiles, Barbe d'Asne, Beau
Renard, les Blachières, Bombonel, les Bosquets, le Bois Renard,
le Bois de Boursan, les Bois Sénéchaux, Cabrières,
Carbonnière, la Croze, Fargueyrol, le Four à Chaux, la
Galimarde, Marcoux, Montredon, Monpertuis, Pignan, la Pinède,
les Plagnes, la Reynarde, les Relagnes, la Roumiguière, Saint-Théodoric,
les Serres
2) Un demi siècle de calamités
: de 1348 à 1411
Le XIVè siècle sera marqué
par l'épidémie de peste noire de 1348. Elle éclate
à Avignon et gagne rapidement tout le Comtat. Elle sévit
durant 7 mois et cause des ravages immenses.
Les comptes de la chambre apostolique font apparaître la mort
de 94 personnes sur les 450 de la cour pontificale. Le reste de la population
est plus durement touchée.
Il est difficile d'évaluer le nombre de victimes mais on peut
penser que le Comtat perd au moins le tiers de sa population. La peste
noire refait son apparition en 1361 et provoque encore des milliers
de morts à Avignon et dans le Comtat.
Châteauneuf paie un lourd tribu à la peste : la population
est décimée. Quelques années plus tard, en 1369,
" les habitants se déclarent incapables, vu la diminution
de leur nombre, de pourvoir à la garde des remparts ".
En plus des épidémies,
le Comtat va subir deux conflits majeurs.
A partir de 1360, le Comtat va subir les attaques incessantes des mercenaires
licenciés par la France et l'Angleterre après le traité
de Brétigny et ce pendant près de vingt ans. Toute la
région est dévastée.
En 1378, l'élection de deux Papes
provoque un schisme au sein de l'Eglise romaine. Après son échec
pour destituer son rival, Clément VII s'installe définitivement
à Avignon. En 1386, il engage une lutte armée contre Raymond
de Turennes et lève des impositions extraordinaires pour renforcer
les défenses. Toute la région est encore une fois ravagée
par les soldats des deux camps.
A la mort de Clément VII, le schisme s'aggrave et après
l'élection de Benoît XIII la guerre éclate à
nouveau dans le Comtat.
La peste et la guerre qui ont décimé
la population et dévasté le Comtat, ont mis un terme à
la prospérité de la région. Les activités
de commerce et de construction étant très réduites,
Châteauneuf est privé d'une grande partie de ses ressources.
Le village qui était florissant au milieu du XIVe siècle,
est en plein déclin.