2) La naissance du village
a) Le village
actuel
De la préhistoire à la
chute de l'Empire romain, la présence humaine, attestée
par des découvertes archéologiques dans de nombreux sites
de la commune de Châteauneuf du Pape (La Cabane, Pierre-Feu, Mont
Redon, La Nerthe
), ne nous permet pas de connaître les
origines du village actuel. On trouve dans les archives municipales
et départementales des parchemins originaux et des vidimus (copies)
d'actes plus anciens qui ont traversé les siècles. Le
plus connu est une charte de 1157 par laquelle l'empereur Frédéric
Barberousse confirme à l'évêque Geoffroy les donations
faites par les rois et empereurs à l'Eglise d'Avignon. Châteauneuf
du Pape est cité dans ce document et nombreux sont ceux qui ont
fait débuter l'histoire écrite de notre village avec cette
charte de 1157.
Pourtant le village existait depuis plus
d'un demi-siècle. En 1094, Gibelin archevêque d'Arles,
administrateur de l'évêché d'Avignon, donne aux
chanoines de Notre Dame des Doms la dîme sur le domaine épiscopal
à Avignon, Bédarrides, Châteauneuf (Castro Novo),
Noves et Agel. Notre village a donc neuf siècles d'existence
: l'an 1094 marque la naissance de son histoire officielle mais sa création
doit être antérieure.
En 1146, Geoffroy, vicomte d'Avignon,
rappelle qu'il a des droits "sur la moitié de Châteauneuf
(Castrum Novum) que ses parents avaient construit". Le terme "Castrum"
indique au XIè siècle un village fortifié et non
pas un Château (castellum).
D'après Geoffroy, c'est donc son père, Rostaing Béranger
(1038-1101), vicomte d'Avignon, ou son grand-père Béranger
(vicomte de 1033-1065) qui est à l'origine de la création
de Châteauneuf du Pape. En faisant construire des fortifications
sur le versant de la colline, à l'emplacement du village actuel,
il a permis de regrouper la population et donné naissance au
" nouveau village fortifié ".
Mais ce village qualifié de nouveau
en 1094 est-il vraiment nouveau ou s'agit-il du déplacement d'un
village plus ancien ?
Dès le XIè siècle, une lutte d'influence va opposer
le pouvoir féodal au pouvoir religieux. Comme l'église,
le château ou les fortifications sont un pôle d'attraction
du peuplement. Les ouvrages militaires seront souvent à l'origine
des villages modernes, en absorbant peu à peu les villages primitifs.
L'implantation et la réussite des nouveaux villages sont favorisés
par la présence d'une église près du château
ou à l'intérieur des fortifications. En assurant au peuple
les secours militaires et religieux, le châtelain voit son influence
croître rapidement aux dépens du diocèse. L'église
du château concurrence directement l'église paroissiale
du village primitif. Cette situation courante s'applique alors à
Châteauneuf. En 1155, notre village compte déjà
deux églises : très certainement l'église paroissiale
actuelle et la chapelle Saint Théodoric. La présence de
ces deux églises, l'une au pied et l'autre au sommet de la colline,
permet de penser qu'il y a bien eu un dédoublement du village.
Avec le " nouveau village fortifié " le vicomte Rostaing
Béranger fait certainement construire l'église afin de
s'approprier plus de pouvoirs aux dépens de l'évêque
d'Avignon, en attirant sous sa protection la population de l'ancienne
paroisse. Il peut le faire sans opposition de la part de l'évêque,
seigneur spirituel et aussi temporel du lieu, car celui-ci n'est autre
que Rostaing, son frère.
A cette époque la famille vicomtale
d'Avignon est au faîte de sa puissance. Vers 1065, à la
mort de Béranger, leur père, le vicomte et ses six frères
se partagent le pouvoir dans Avignon, et profitent pour augmenter considérablement
le patrimoine familial, même aux dépens de l'évêché.
Ces usurpations vont d'ailleurs entraîner
de graves différents entre les vicomtes et les évêques
d'Avignon lorsque ces derniers voudront être rétablis dans
leurs droits. Selon la réforme du Pape Grégoire VII (1073-1085),
les évêques seront désormais choisis dans les abbayes
pour éviter les influences familiales. Dès lors, les évêques,
s'appuyant sur les populations, vont combattre les vicomtes qui vont
voir leur puissance décliner rapidement.
On peut donc supposer que le village
de Châteauneuf a été construit sur son emplacement
actuel entre 1050 et 1073, pendant l'épiscopat de Rostaing, par
son père le vicomte Béranger ou son frère Rostaing
Béranger. Mais, déjà, à cette époque
existait un village plus ancien groupé autour de la chapelle
Saint Théodoric.
b) L'ancien
village
Diverses hypothèses ont été
avancées sur l'origine de l'ancien village. Fortia d'Urban dit
que les habitants de Lhers, chassés par les Sarrasins, se réfugièrent
sur les collines environnantes où ils fondèrent Châteauneuf.
Mais aucun document ne peut corroborer cette affirmation.
Au IXè siècle, il existe tout autour des anciennes villes
romaines de petites communautés établies autour d'un point
d'eau et sur des terrains facilement cultivables. Au cour des siècles,
certaines de ces communautés disparaissent à cause des
épidémies, des famines ou des guerres. D'autres se déplacent
ou se regroupent et se fixent, donnant ainsi naissance à un village.
Dès le IXè siècle, il est fait mention dans des
actes manuscrits de " Tresmales, Villanovo, Fontanas, Pipargo,
Bisturita (Bédarrides), Leris (Lhers) et Darmatis (Xe siècle).
Que sont devenus ces villages et tous
les autres dont l'histoire n'a pas retenu le nom ? L'un d'entre eux
est-il à l'origine de l'ancien village de Châteauneuf ?
Les documents écrits ne nous permettent d'établir un lien
qu'avec un seul de ces villages, " Villanova ", mais ce nom
alors très commun peut être source d'erreur. D'après
Eugène Duprat, Villanova devait être située non
loin de Bédarrides, à deux ou trois kilomètres
au nord-ouest, aux limites de Bédarrides et Châteauneuf,
peut-être à l'emplacement actuel de la Nerthe, pour sa
source et ses terres riches et sans cailloux.
En 1344, dans un livre de reconnaissances de Châteauneuf, on retrouve
un lieu-dit " Villanova ". On y compte six hospiciums (maison
et famille).
L'absence de manuscrits ou de restes
archéologiques ne nous permet pas actuellement de retracer l'histoire
du village avant le XI siècle. Cela nous conduit à interroger
la seule trace de ce lointain passé : la chapelle Saint Théodoric.
c) Le Rôle
de la chapelle Saint Théodoric
Jusqu'à aujourd'hui, cette chapelle
est le monument le plus ancien de notre commune. Les récentes
découvertes de fresques, en 1984, ont permis le classement de
cette chapelle dont une partie date sans doute du XIè siècle,
peut-être même est-elle construite sur un lieu de culte
plus ancien.
En effet, dans le cimetière qui
entourait la chapelle, Fornery (architecte) note, vers 1750, que "
l'on trouve en quantité d'anciens sépulcres de pierres
de taille en forme de coffres qui sont hors de terre ". Pierres
que l'on signale, en 1767, sur le cahier de délibérations
du conseil.
La découverte de ces tombes semble confirmer que la création
du village est bien antérieure au XIè siècle et
que la construction de la chapelle Saint Théodoric a eu un rôle
déterminant.
Saint Théodoric est vénéré
par les habitants depuis la création du village dont il est le
patron. Il devient également le cotitulaire de l'église
paroissiale, dédiée en 1321 à Notre Dame, puis
en 1601 à " la Vierge Marie et Saint Théodoric ".
Fortia d'Urban indique même, en 1744, que l'église paroissiale
est sous le titre de " Saint Théodoric, diacre et martyr
".